ETRE DEMOCRATE.
Il n’y aura jamais ni le plus grand nombre ni un très grand nombre de personnes à être convaincues de nos idées politiques. Nous ne pouvons espérer non plus qu’un très grand nombre de personnes fasse changer la situation politique de notre pays après avoir adopté nos idées. Pourquoi donc ? Parce que jamais les foules ni les peuples n’ont changé les destinées d’un pays. Ni en 1789, ni en 1804, ni en 1815, ni en 1830, ni en 1851, ni en 1870, ni en 1917, ni en 1945, ni en France, ni en Russie, ni en Chine, ni en Europe centrale ; jamais nulle part. Les peuples et les foules n’ont été que les spectateurs d’événements qui les dépassaient de cent coudées. Jamais peuple n’a pris en mains ses destinées. Il s’agit d’une supercherie d’oligarques ou de ploutocrates manipulateurs.
Si il était possible que nous puissions changer les destinées du pays en convaincant le plus grand nombre de personnes, alors nous devons devenir démocrates, puisque le peuple aurait la puissance, le pouvoir de prendre en mains ses destinées. Ce serait la justification du gouvernement du plus grand nombre. Si précisément nous ne sommes pas démocrates, c’est parce que l’induction à partir des faits nous prouve que le peuple n’est pas à l’origine de ce pouvoir suprême, qu’il ne peut pas et n’a pas la puissance de nommer et de contrôler les gérants du bien commun, de se gouverner lui-même. Espérer un changement de régime d’une grande diffusion populaire de nos idées politiques est une contradiction dans les termes qui ne peut nous conduire qu’à l’échec, et force et de constater que bien des abandons auraient pu être évités si nous n’avions pas ce défaut terrible. Le fait de vivre en « démocratie » depuis 171 années à développer chez les français un certain nombre d’habitudes, y compris chez ceux qui ne sont pas démocrates et qui s’en défendent le plus. Notre action en souffre terriblement, même si ce n’est pas toujours visible. Il y à en effet un grand nombre de personnes qui ont la volonté d’agir dans la société, de réagir contre le mal commun issu de la « démocratie », tout au moins chez les catholiques fidèles ; ceux qui s’occupent de cercles ou de cellules, de pèlerinages ou de tout autres manifestations légitimistes ont souvent l’occasion de s’en rendre compte. Il y a un nombre non négligeable de personnes que nous voyons passer parmi nous. Il y en a aussi très peu que nous voyons se joindre à nous.
L’interlocuteur que nous voyons pour la première fois n’est que rarement convaincu de ce postulat (ne pas associer la force de notre action au nombre de personnes que nous regroupons). Le nouveau venu est tenté de recruter le maximum de personnes, avec des prodiges de dévouement, il faut réaliser ce que l’on étudie, et ne pas rester tel un groupuscule d’inconnus dans notre pays. Voilà ce que pense notre homme, parce qu’il a encore cette habitude de démocrate qui estime l’utilité et la réussite de son action au nombre de personnes déplacées... ; Logistique, repas, décorations, cadre, ambiance, renommé de l’un ou de l’autre, gadget, attractions et activités en tout genre devienne le fer de lance de la réussite qui doit permettre de faire passer nos idées. L’actif est celui qui organise beaucoup, qui déplace les gens, les foules qui engendrent le mouvement. Aussi, il faut trouver les moyens de faire venir du monde coûte que coûte. Cela dure un an, ou deux. Beaucoup de travail, de peine, de dévouement ne sont récompensés ou utiles qu’à la mesure « du nombre ». Inversement, une réunion, qui n’a pas satisfait au quota fixé ou espéré engendre l’insatisfaction, le découragement, l’aigreur ou le dégoût, l’instabilité.
Au final, le nombre n’étant pas au rendez vous, notre homme se décourage, quitte notre mouvement et peut être la politique parce qu’il avait mis son espoir dans ce qui était antinomique. Pourquoi rester dans un groupe qui mène à l’impasse ? Voila ce qu’il dira ou ne dira pas en nous quittant tant le malaise de son échec lui parait aussi grand qu’inexplicable. Il était convaincu de penser juste, pensait que cela devait nécessairement amener une certaine réussite, un certain « mouvement » convaincu de penser juste, mais non convaincu de la force de la vérité bien au dessus du « nombre » plus ou moins élevé et passager d’individus qui l’admettent ou la refusent. Convaincu de la toute puissance de la Providence, mais déçu parce que depuis trois ans il y a toujours aussi peu de personnes à venir. (Il aurait été étrange qu’avec un tel état d’esprit, cette personne ne nous ait pas quitté).
Hier nous étions peu nombreux, aujourd’hui nous sommes encore moins nombreux, et demain nous le serons aussi sans doute, mais peu nous importe, voilà ce qu’il faut avant toute chose affirmer ouvertement à qui veut l’entendre. Ceux qui passent chez nous ne peuvent êtres convaincu ni par un leader charismatique, ni par l’ambiance des foules, ni par les fanfares, ni par rien de ce qui fait le succès de notre société. C’est cependant à cela qu’ils sont sensibles et recherchent, sans bien l’analyser. Il est alors de la première importance de s’adapter à cet état de fait issu de nos institutions non en cherchant à développer tout un attirail de campagne électorale qui donnerait l’illusion de succès, et de « l’action », mais en mettent en relief ce qui nous distingue de nos adversaires, en diffusant ce premier et fondamental axiome : la force de notre action ne réside pas dans notre nombre. Peu importe que nous soyons cinq ou que nous soyons mille. Il est fondamental de mettre l’accent sur ce point, parce que si nous ne savons faire passer ce premier message, le reste est inutile est superflu, nous seront toujours décevants et battu si nous prenons le terrains de l’adversaire, si nous pensons convaincre par les sentiments, la foules, le mouvement. Il en est de même si notre interlocuteur novice nous attend sur ce terrain ; nous n’y serons jamais, ou plutôt nous ne devrions jamais y être, et si nous y sommes, c’est pour être battu, il sera nécessairement déçu. C’est à nous de l’en informer dès qu’il franchit le seuil de nos réunions.
Mais nous avons vraiment le courage de dire que nous sommes et resteront peu nombreux, inconnus est ignorés. N’avons-nous pas plutôt tendance à dire au nouveau venu qu’hier nous étions bien plus nombreux et que demain nous allons le redevenir, à augmenter les chiffres des comptes rendus, à escompter encore plus ?
C’est une tendance assez générale. Quels que soient le type de manifestations organisées (cellule, pèlerinage etc…), nous mesurons la « réussite » de notre action au nombre de personnes présentes quand ce n’est pas à la marge dégagée. Pour savoir si tel ou tel cercle fonctionne bien, la question est trop souvent « combien êtes vous ? » au lieu d’être « qu’étudiez vous ? ». Et si malheureusement nous avons tant de mal à réunir ou à former des groupes stables d’individus pour travailler avec nous, c’est en grande partie parce que nous cherchons trop souvent à faire de l’épate, du nombre, du volume, du mouvement pour attirer et convaincre ceux qui voient combien nous sommes insignifiants et faibles à singer nos adversaires matérialistes, ceux qui ont besoin d’autre chose, d’un changement radical de leur mode d’agir et qui ne le trouvent pas chez nous parce que nous avons douté de la logique, parce que nous avons eu peur de nos idées, peur d’effrayer un esprit englué dans les erreurs, parce que notre faiblesse nous à fait mettre sous le boisseau ce qui précisément fait notre force (l’indifférence au nombre) et sans quoi nous sommes rien.
Il ne s’agit pas de rester tout seul. Au contraire le travail en groupe, en société est là aussi nécessaire que dans bien d’autres domaines d’action, non pas que notre travail soit plus utile quand notre nombre augmente, mais parce que la société est ainsi faite qu’un seul homme ne peut tout faire, qu’il y à un nombre minimum de personnes à réunir pour aborder et traiter des problèmes et des questions aussi vastes et aussi diverses que celles qui se posent à un pays tout entier. Notre rôle n’est pas de devenir des spécialistes de haut niveau dans tout les domaines de l’esprit humain, non pas parce que cela ne nous à pas été donné, mais parce que ce n’est pas la fin de la politique qui est la science architectonique des autres sciences : elle définie les rapports de toutes ces sciences et ces techniques entres elles par les institutions en vue du bien commun. Ni plus ni moins. Etablir les rapports entre nos institutions et la société. Réfléchir à ce que serait un roi absolu de droit divin, un roi Très Chrétien pour répondre aux questions posées par l’économie, la finance, l’agriculture, l’industrie, l’environnement, la sociologie, la santé, la défense. Il faut établir ce qu’un tel roi serait par rapport à nos actuelles institutions, en quoi il serait apte à rétablir la justice sociale, à procurer ce qui manque à notre société, ce qui serait la politique royale dans ses rapport avec les autres sciences, induire de l’histoire les lois politiques qui nous permettent de répondre aux problèmes actuels. Voilà déjà un vaste champ pour nos cellules, conférences,…
Cela nous oblige à connaître et rencontrer sinon les hommes éminents dans ces domaines du moins leurs œuvres, à regrouper parmi nous un nombre de personnes important puisque le champ de la politique doit embrasser toutes les activités sociales, un nombre important non pour faire du nombre, mais seulement en vue d’un travail bien particulier qui produira alors ces fruits, c'est-à-dire des spécialistes des institutions et de la politique qui pourront agir au jour j non en vertu du nombre de personnes que nous avons regroupé, et qui insignifiant, mais de part les circonstances créées par la Providence ou le hasard, des spécialistes qui sauront réagir face aux phénomènes remettant en cause le fonctionnement normal des institutions quand leur contemporains auront perdu toute capacité à appréhender et à résoudre les problèmes posés par leur faits.
Utopie direz vous, non ; induction, encore et toujours.
Ne soyons pas les vierges folles : le « réfléchir avant d’agir » commence maintenant, tout les jours aussi difficile et illusoire que puisse paraître cette voie étroite en comparaison aux méthodes si faciles des puissants du moment. Si nous n’avons pas vraiment travaillé avant, alors il sera trop tard le moment venu. Si nous ne voulons pas que le prochain rendez vous manqué comme ceux de 1830, 1848, 1873, 1919, 1934, cessons d’être démocrates envers notre public, si réduit soit-il, et ne laissons pas se sentiment d’échec du à notre petit nombre décourager ceux qui n’ont pas encore complètement compris combien la vraie politique n’est pas l’art de « manipuler » les foules, mais de les diriger.
(Extrait ; des commentaires tirés de la doctrine légitimiste, union des cercles légitimiste de France).
Philippe de Clairville.
Texte mis en ligne le : 26 août 2007
b.G
Aucun commentaire
L' ANNUAIRE DE BOB
Créer un site internet gratuit avec E-monsite.com
- Signaler un contenu illicite
- Voir d'autres sites dans la catégorie Histoire
Videos Droles
- Clips musique
- Cours création de site web